• 2. Les traités européens ont été conclus sans de Gaulle, et par les opposants à de Gaulle

    Rappelons tout d’abord une donnée historique, trop souvent perdue de vue : Charles de Gaulle fut à l’écart du pouvoir de 1946 à 1958. C’est-à-dire pendant les douze années fatidiques où se mirent en place les institutions européennes et où les journaux martelèrent dans l’opinion l’idée que la construction européenne était souhaitable et inéluctable. Pendant toute cette période, le chef de la France Libre ne fut mêlé ni de près ni de loin à la Déclaration Schuman (1950), aux négociations du traité CECA (1951), au traité EURATOM (1957), non plus qu’au traité de Rome (1957).

    D’ailleurs, tous ces traités furent négociés et signés par ceux-là mêmes qui comptaient parmi les plus atlantistes et les plus farouches adversaires du gaullisme :

    Charles De Gaulle et Jean Monnet

    - Jean Monnet (à gauche sur la photo ►), dont de Gaulle savait qu’il était un agent de Washington et qu’il qualifia un jour de « malade avant tout soucieux de servir les Américains » (1) ;

    - Robert Schuman (à droite sur la photo ►), auquel il avait eu la magnanimité d’épargner, en 1945, la sanction infâmante de l’indignité nationale qui le menaçait du fait de sa participation au premier gouvernement de Vichy ;

    - plus généralement les responsables de la IVe République, qu’il estimait coupables de se comporter en vassaux des Américains, de brader sans vergogne la souveraineté de la France, de se complaire dans le régime des partis, et d’être incapables de remédier à la perte d’autorité de l’État (2).

    De Gaulle et le projet CEDPlus révélateur encore de son état d’esprit : alors qu’il était en pleine « traversée du désert », Charles de Gaulle usa de toute l’influence qui lui restait pour faire échouer en 1954 le projet de Communauté Européenne de Défense (CED), piloté par Washington et ardemment promu, bien entendu, par Jean Monnet. Il y parvint grâce à une alliance de circonstance entre les députés proches de lui et les députés du Parti communiste français ►, suscitant la réprobation ulcérée des Américains et du Vatican (3).

    C’est dire si Charles de Gaulle était hostile à tout projet d’intégration européenne.


    Alain Peyrefitte-c-etait-de-gaulle(1) Dans un propos tenu à Alain Peyrefitte le 4 décembre 1963 : « L’Europe intégrée, ça ne pouvait pas convenir à la France, ni aux Français…. Sauf à quelques malades comme Jean Monnet, qui sont avant tout soucieux de servir les Etats-Unis. » Cité dans C’était de Gaulle, Fayard, 1997, tome 2, p. 214. Ce livre d’Alain Peyrefitte, composé de ses notes prises au jour le jour lors d’entretiens confidentiels avec Charles de Gaulle est capital pour comprendre ce que fut sa pensée stratégique.

    (2) « Tous ces personnages lamentables de la IVe République trouvaient [dans l’Europe intégrée] un moyen de se décharger de leurs responsabilités ! Ils n’étaient pas capables de les saisir ; alors il fallait les repasser à d’autres. Tenir leur rang dans le monde ? Pas question ! Mettons-nous sous le parapluie. Avoir une armée et la faire obéir ? Pas question ! La donner à d’autres ! Remettre le pays debout et servir d’exemple au monde ? Pas pour eux ! L’alibi tout trouvé, c’était l’Europe ». C’était de Gaulle, Fayard, 1997, tome 2, p. 215.

    (3) Pie XII fit savoir son exaspération par la plume du père jésuite Messineo dans la revue officieuse du Vatican Civiltà Catolica (n°1954-IV, article L’Europa alla deriva ? ) : « [La France a endossé] d’un coeur léger la grave responsabilité de dissiper, par un vote hâtif de son parlement, le laborieux travail de sept années pour l’unité européenne et la défense de l’Occident. Si l’on continue de poursuivre cette chimère, en maintenant désunies les puissances démocratiques, le sort de l’Europe est scellé : les nations libres deviendront esclaves, englouties par le tourbillon niveleur du communisme russe. »

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