La seconde partie des années 30, se clôturant par le désastre de 1940, va jeter une lumière encore plus crue sur cette attirance de Robert Schuman pour les régimes à poigne, attirance soigneusement gommée du dogme européiste et des manuels d’histoire de nos jours.
Dès le 30 septembre 1938, Robert Schuman applaudit aux Accords de Munich, par crainte d’une nouvelle guerre qu’il juge désormais « fratricide » (1). Certains peuvent trouver évangélique ce qualificatif de « fratricide ». Mais d’autres y verront plutôt l’odieuse tartufferie de quelqu’un qui feint de ne pas voir la différence de nature entre le régime nazi et la République française et qui insiste de ce fait sur une nécessaire entente entre les deux pour éviter la guerre. Les Collaborationnistes français ne diront pas autre chose pour justifier ensuite les pires bienveillances à l’égard du régime hitlérien.
L’offensive allemande du 10 mai 1940 conduisant en quelques semaines à la défaite de la France, Robert Schuman pense, dès le 12 juin, qu’il « faut mettre bas les armes » (2). Est-ce là le propos d’un « Gandhi chrétien » ou la réaction habituelle, décidément lassante de couardise, du réformé de 1908 et du planqué de 1915 ?
La suite des événements est encore plus compromettante et c’est alors que les analyses divergent.
Pour Michel-Pierre Chélini, dont le texte est repris sur le site officiel de la Fondation Robert Schuman, « nommé sous-secrétaire d’État aux réfugiés dans le gouvernement de Paul Reynaud en mars 1940, Robert Schuman est maintenu à ce poste, en son absence, dans le gouvernement Pétain (16 juin-10 juillet 1940) et vote les pleins pouvoirs à ce dernier le 10 juillet, Laval lui ayant certifié que seul le maréchal était capable de conserver l’Alsace-Moselle à la France. » (1) En un mot, Robert Schuman aurait ainsi été nommé au premier gouvernement Pétain par hasard et l’intéressé aurait ensuite voté les pleins pouvoirs au Maréchal par patriotisme, du fait de sa crainte de voir l’Alsace-Moselle repasser sous souveraineté allemande.
Le problème de cette présentation des événements est qu’elle n’est tout bonnement pas crédible quand on la remet en perspective de la personnalité de Robert Schuman. Outre qu’il a toujours été « respectueux des autorités et de l’ordre établi », il était très attiré, on l’a vu, par tous les nouveaux régimes autoritaires européens à forte connotation catholique (Autriche, Espagne, Portugal) et l’on ne dispose pas d’éléments pouvant laisser penser qu’il ait été un critique du pétainisme. En outre, ses origines et ses choix de jeune adulte permettent de douter que la perspective de voir l’Alsace-Moselle redevenir allemande lui ait paru spécialement intolérable par principe.

N’ayant pas peur du ridicule, Michel Albert, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, va pourtant encore plus loin puisqu’il affirme que « le 10 juillet 1940, Robert Schuman vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain puis, sans avoir été consulté, il apprend qu’il avait été maintenu dans ses fonctions antérieures de sous-secrétaire d’État aux réfugiés » (1).
Qui peut croire un instant à cette fable d’un homme ayant été député pendant 21 ans, et ministre depuis 4 mois, qui aurait été nommé au gouvernement sans son consentement, et qui n’aurait pas protesté pendant près d’un mois faute d’en avoir été informé ?
Ici comme ailleurs, l’analyse de l’historien François Roth paraît beaucoup plus crédible lorsqu’il explique que, le 16 juin 1940, Schuman est confirmé par le maréchal Pétain dans ses fonctions de sous-secrétaire d’État ; qu’après l’armistice, il fait partie des 569 parlementaires qui votent sciemment les pleins pouvoirs à Pétain. Mais que c’est Pierre Laval qui ne veut pas de lui dans le nouveau gouvernement formé le 12 juillet (2).
La vérité est donc peu reluisante et rien n’interdit même de penser que, si Pierre Laval avait accepté d’offrir un portefeuille à Robert Schuman, celui-ci l’aurait accepté. Mais, ayant été écarté par Laval, Schuman, dont Roth dit qu’il était “un légaliste” et “pas un républicain dans le sens français du terme”, part aider les réfugiés, a des entrevues avec des prélats catholiques, et ce jusqu’en septembre 1940.
(1) Cf. Robert Schuman et l’idée européenne par Michel-Pierre Chelini sur le site de la Fondation Schuman : http://www.robert-schuman.eu/schuman_chelini.php
(2) http://www.europaforum.public.lu/fr/temoignages-reportages/2008/10/roth-schuman/index.html










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